Il y a des finales qui se gagnent sur un but… D’autres qui se jouent sur une décision. Et puis, plus rarement, celles qui tiennent à un échange de quelques secondes, au bord d’une pelouse, dans le vacarme d’un stade et la pression d’un continent.
La finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Maroc restera de cette dernière catégorie.
Alors que le match est plongé dans une tension extrême, entre décisions arbitrales contestées, colère sénégalaise et menace réelle d’un arrêt définitif de la rencontre, une scène presque irréelle se produit. Sanio Mané, capitaine des Lions, quitte un instant le tumulte pour échanger avec Claude Le Roi
Deux générations.
Deux expériences.
Un instant de lucidité dans une finale au bord de la rupture.
Quand la colère menace le jeu
Sur le terrain, les nerfs lâchent. Les joueurs sénégalais, convaincus d’une injustice de trop, quittent la pelouse. Le public retient son souffle. L’Afrique du football frôle une nouvelle fracture, une finale interrompue, une image durablement écornée.
Dans ces moments-là, tout peut déraper. Les trophées se gagnent parfois moins sur le talent que sur la capacité à résister à l’émotion.
Sadio Mané, lui, hésite. Non par faiblesse, mais par responsabilité.
La parole d’un ancien qui pèse lourd
Claude Le Roy n’est plus sur le banc depuis longtemps, mais son autorité morale reste intacte. L’homme a vu passer des générations de joueurs africains, connu des vestiaires en feu, des arbitres contestés, des décisions irréversibles.
Le message est simple, presque brutal dans sa sobriété :
revenir jouer, terminer la finale, respecter le jeu.
Pas de calcul politique.
Pas de posture médiatique.
Juste la conviction qu’une CAN se termine sur le terrain, pas dans un couloir.
Le choix du capitaine
Mané écoute. Puis agit.
Il retourne vers ses coéquipiers, parle, convainc, apaise. Le Sénégal revient sur la pelouse. La finale reprend. Le penalty marocain est manqué. Le match va jusqu’au bout. Et au bout de l’effort, le Sénégal s’impose.
À cet instant précis, Mané ne gagne pas seulement une coupe. Il s’impose comme un capitaine au sens plein du terme : celui qui protège son équipe, mais aussi l’esprit du jeu.
Une image plus forte qu’un trophée
Cette finale restera marquée par la controverse, c’est vrai. Mais elle restera surtout par cette image :
un joueur au sommet de sa carrière, dialoguant avec un ancien sélectionneur, pour éviter que le football africain ne se fasse violence à lui-même.
Dans un continent où le football est passion, identité et parfois exutoire, ce moment vaut autant qu’un but décisif.
Claude Le Roy n’a pas levé le trophée.
Sadio Mané, lui, l’a soulevé.
Mais tous les deux ont, à leur manière, sauvé la finale.