L’annonce de l’instauration d’un examen national pour les licences, masters et doctorats dans les établissements privés d’enseignement supérieur (IPES) a ravivé un débat de fond : où se situe aujourd’hui la véritable urgence du système éducatif burkinabè ?
Cette mesure, qui exclut les universités publiques, crée dès le départ une asymétrie. Une interrogation s’impose alors : faut-il comprendre que les diplômes du public sont présumés fiables, tandis que ceux du privé devraient être vérifiés ? L’exemption accordée aux universités publiques laisse planer un double sous-entendu : soit leurs diplômes sont jugés irréprochables, soit ceux du privé souffriraient d’un déficit de crédibilité. Dans les deux cas, le signal envoyé demeure ambigu.
Pourtant, le cœur du problème ne se limite pas à ce dispositif. Avant d’harmoniser les diplômes, c’est la cohérence même de l’offre de formation qui exige une réforme urgente. Le Burkina Faso reste marqué par une forte domination des filières théoriques, souvent déconnectées des besoins du marché du travail.
À l’heure où le pays doit relever des défis cruciaux industrialisation légère, transformation locale, énergies, agriculture modernisée, technologies numériques appliquées l’absence de filières techniques, professionnalisantes et orientées vers la pratique constitue un frein majeur. Beaucoup de jeunes s’inscrivent dans des parcours qui ne correspondent ni aux débouchés existants ni aux priorités stratégiques du pays.
Dans cette perspective, l’examen national apparaît presque comme un déplacement du problème. On tente de réguler la sortie alors que l’urgence se situe plutôt à l’entrée :
Que transmet-on réellement ? À quoi prépare-t-on les étudiants ? Les filières actuelles répondent-elles aux besoins du Burkina Faso d’aujourd’hui et de demain ?
C’est là que se situe la véritable question.
Par ailleurs, si l’objectif officiel est d’améliorer la qualité des diplômes, la mesure comporte un risque majeur : pousser davantage d’étudiants à se tourner vers les universités publiques pour éviter l’examen national. Or ces dernières sont déjà saturées, confrontées à un manque criant d’infrastructures et à des amphithéâtres surpeuplés, ce qui provoque régulièrement des retards académiques.
En réalité, la priorité devrait être double :
Réformer en profondeur les filières pour les aligner sur les besoins réels du pays ;
Soumettre, à terme, les diplômes du public comme du privé au même examen national, sur la base de critères équitables et transparents.
À défaut d’une approche globale et cohérente, un examen national appliqué uniquement au privé risque surtout de masquer les véritables urgences de l’enseignement supérieur burkinabè.
Sarah Daboné – Rédaction Noorinfos