S’il y’a bien un phénomène qui a cours actuellement au Burkina, c’est la consommation de chicha. La frange jeune constitue la cible potentielle de consommation. Afin de protéger cette jeunesse, les spécialistes de la santé, demandaient dans un passé récent l’interdiction de la vente du produit dans le pays. Quant au Comité national de lutte contre la drogue, il lançait une alerte pour demander aux populations d’éviter sa consommation. Mais, en attendant c’est le maire de la commune de Ouagadougou, Armand Béouindé qui semble être ferme sur la question. Ce dernier a pris un arrêté portant interdiction de la consommation de chicha ce mercredi 07 avril 2021 avec effet immédiat.

Le chicha ou le narguilé
Le narguilé, ou la chicha, est une pipe à eau utilisée pour fumer du tabac. Le tabac peut être utilisé sous forme de tabamel, mélange comportant de la mélasse additionnée d’arômes, qui se consume avec du charbon. La fumée inhalée est comparable à celle de la cigarette et expose potentiellement les fumeurs aux effets du tabac sur la santé.
Origines
Les traces les plus anciennes de narguilé ont été trouvées en Afrique de l’Est. Des bols de narguilé ont ainsi été excavés en 1971 dans la grotte de Lalibela (Éthiopie). Leur datation semble indiquer une utilisation datant des années 10000 av. J.-C. (avec une marge d’erreur de 80 ans). L’origine du narguilé continue toutefois à faire débat, d’autres chercheurs estimant que l’Inde pourrait être son pays de naissance.
L’émergence à plus grande échelle de l’utilisation du narguilé dans la société semble être simultanée à l’apparition des cafés publics et à l’arrivée du tabac au Moyen-Orient. Les Portugais ayant introduit le tabac en Iran au début du XVIème siècle et c’est au cours de la dynastie des Séfévides que son usage s’est fortement développé dans le pays, à tel point que la société persane tout entière l’utilisait à la fin du règne de Shah Abbas Ier.
La ghelyan est encore très populaire en Iran, et on peut la voir dans de nombreuses maisons de thé (chai khaneh), restaurants et autres espaces publics.
Les manufactures françaises comme Saint-Louis, Baccarat ou Christofle fabriquent des narguilés jusqu’en 1914. Ce produit d’apparat était alors fréquemment offert comme cadeau diplomatique.
Etat des lieux et risques
La fumée du chicha contient de nombreux toxiques connus pour favoriser entre autres le cancer du poumon et des maladies cardiovasculaires. Elle contient également de la nicotine qui est potentiellement addictive.
Une séance de chicha expose généralement les fumeurs à une quantité de fumée plus grande que pour les fumeurs de cigarette. En effet, un fumeur consomme généralement une cigarette en 5 à 7 minutes, inhalant un volume de fumée compris entre 0,5 et 0,6 litre de fumée ; en comparaison, un fumeur de chicha fume pendant 20 à 80 minutes et inhale entre 50 et 200 bouffées de 0,05 à 0,25 litre chacune. Une séance de chicha expose donc le fumeur à un volume de fumée correspondant à plus de 100 cigarettes par session.
Ceci les expose à une quantité de produits chimiques cancérogènes et de gaz dangereux (tel le monoxyde de carbone) élevée ainsi qu’une quantité importante de nicotine pouvant provoquer une dépendance.
Selon une étude, une séance de 45 minutes délivre environ 20 fois plus de goudron, 2 fois plus de monoxyde de carbone, et 3 fois plus de nicotine qu’une cigarette. La nature du goudron est toutefois différente en raison d’une température de combustion plus basse. Selon une autre étude « si 30 à 50 bouffées sont prises dans la même soirée par chicha, cela signifie que le consommateur prend autant de fumée qu’avec 40 cigarettes. Des mesures montrent que l’augmentation du monoxyde de carbone expiré à la fin d’une chicha est équivalente à celle observée lors de la consommation de 30 à 40 cigarettes.
La portée de l’arrêté d’interdiction
Le maire interdit la consommation de Chicha en ce sens que la prolifération des bars à chicha emporte trafic de stupéfiants, proxénétisme, prostitution, racolage, et constitue une entrave à la promotion de l’hygiène publique ;
Généralement, il est fumé en groupe au moins deux fois par semaine. S’il est vrai que la mesure est la bienvenue, résout-elle le problème ? Car au-delà de cette consommation en groupe, le chicha peut être consommé seul en toute intimité.
A cet effet, on est en droit de se demandé si la mesure ne devrait-elle pas s’étendre à la distribution du produit sur le marché local ?
Envisager de mener la lutte au niveau national, car même les enfants de moins de 15 ans s’y adonnent à cette pratique.
Autant d’interrogations qui suscitent d’approfondir la réflexion au sujet de cette substance pour maitriser toute la chaine de commercialisation.
Hachim Abdallah