Pendant plusieurs années, ils ont incarné ensemble l’espoir d’une rupture politique au Sénégal. Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye apparaissaient alors comme les deux visages indissociables d’un même combat : celui du PASTEF, le parti porté par une jeunesse avide de changement, de souveraineté et de refondation institutionnelle.
Dans les rues de Dakar comme dans les grandes villes du pays, un slogan résumait cette fusion politique presque parfaite : « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko ». Une manière pour leurs militants d’affirmer qu’il n’existait aucune différence entre les deux hommes tant leur destin semblait lié.
Leur histoire politique commune prend véritablement forme dans l’opposition au régime de Macky Sall. Ousmane Sonko, figure charismatique et tribun populaire, devient rapidement le principal opposant du pouvoir. À ses côtés, Bassirou Diomaye Faye, inspecteur des impôts discret mais stratégique, joue un rôle essentiel dans l’organisation du parti et dans la structuration idéologique du projet politique du PASTEF.
Lorsque Sonko est frappé d’inéligibilité avant la présidentielle de 2024, Bassirou Diomaye Faye devient alors le « plan B » du camp patriotique. Quelques jours seulement après leur sortie de prison, Diomaye est propulsé candidat à l’élection présidentielle avec le soutien total de Sonko. Le pari est réussi : Bassirou Diomaye Faye remporte l’élection dès le premier tour avec plus de 54 % des voix, devenant le plus jeune président de l’histoire du Sénégal.
Dans la foulée, Ousmane Sonko est nommé Premier ministre. Le nouveau pouvoir promet alors une gouvernance de rupture, la reddition des comptes, la souveraineté économique et la transformation structurelle du pays. Les deux hommes semblent marcher dans la même direction.
Mais derrière l’image d’un tandem uni, les premières divergences commencent progressivement à apparaître.
Selon plusieurs observateurs politiques sénégalais, les désaccords se sont accentués autour de la gestion du pouvoir, du rythme des réformes et de la place des militants du PASTEF dans l’appareil d’État. Tandis que Bassirou Diomaye Faye adopte progressivement une posture plus présidentielle et institutionnelle, Ousmane Sonko conserve un discours plus radical et plus offensif vis-à-vis de l’ancien régime.
Au fil des mois, les tensions deviennent de moins en moins discrètes. Les prises de parole publiques, certaines nominations et plusieurs signaux internes alimentent les spéculations sur une guerre froide au sommet de l’exécutif sénégalais. Le président Diomaye Faye finit même par rappeler publiquement qu’il demeurait « le président » et que le Premier ministre restait placé sous son autorité.
Le divorce politique devient finalement officiel le 22 mai 2026. Par décret présidentiel, Bassirou Diomaye Faye met fin aux fonctions d’Ousmane Sonko et dissout le gouvernement. Une décision qui marque la fin brutale de l’un des tandems politiques les plus populaires et les plus puissants du Sénégal contemporain.
Ironie de l’histoire : ceux qui avaient promis de transformer ensemble le Sénégal deviennent désormais les acteurs d’une fracture politique majeure dont les conséquences pourraient durablement redessiner le paysage politique sénégalais.
Au-delà des ambitions personnelles et des rivalités de pouvoir, cette rupture révèle surtout la difficulté de faire cohabiter, au sommet de l’État, deux légitimités politiques fortes issues d’un même combat.
L’histoire retiendra peut-être que Sonko et Diomaye ont réussi ensemble la conquête du pouvoir, mais qu’ils n’ont pas réussi à préserver durablement l’équilibre du pouvoir.