L’Assemblée nationale a tranché : François Bayrou et son gouvernement n’ont pas obtenu la confiance des députés. Avec 364 voix contre, 194 pour et 15 abstentions, ce revers marque une rupture historique dans la vie politique française. Jamais, depuis la fondation de la Ve République, un exécutif n’avait été renversé à la suite d’un vote de confiance.
Au-delà du symbole, cette défaite consacre l’isolement d’un Premier ministre nommé il y a à peine quelques mois, et révèle les fractures profondes au sein de l’hémicycle. Bayrou, en engageant la responsabilité de son gouvernement sur sa déclaration de politique générale, espérait rallier une majorité d’appui. Il s’est finalement heurté à une opposition unanime – du Rassemblement national à La France insoumise, en passant par les socialistes – et à la réticence de nombreux élus centristes ou macronistes, peu enclins à se solidariser avec un exécutif déjà fragilisé.
Les conséquences sont immédiates : François Bayrou remettra sa démission au président de la République, Emmanuel Macron. Ce dernier, affaibli par ce camouflet parlementaire, doit désormais arbitrer entre deux voies : nommer rapidement un nouveau Premier ministre capable de rassembler, ou céder aux appels à la dissolution de l’Assemblée pour redonner la parole aux Français. Dans les deux cas, la manœuvre sera périlleuse, tant la défiance vis-à-vis des institutions est profonde.
Ce moment politique met en lumière une double crise : une crise de gouvernabilité, d’abord, puisqu’aucun bloc ne semble en mesure de construire une majorité stable ; une crise démocratique ensuite, car l’écart se creuse entre les citoyens, lassés des jeux d’appareil, et des représentants incapables de s’accorder sur une ligne claire.
Le geste ultime de Bayrou, un pot de départ sobre avec ses ministres au soir du vote, illustre bien la gravité du moment : une page se tourne, mais nul ne sait quelle sera la suivante. La France entre dans une zone d’incertitude inédite, où le choix présidentiel pèsera lourd sur la stabilité des mois à venir. Dissolution, remaniement ou recomposition politique : tout est ouvert. Une seule certitude demeure celle d’un précédent qui fera date dans l’histoire institutionnelle française.